Eddie Hatitye: « La musique africaine est désormais beaucoup plus présente sur la scène musicale mondiale, mais il reste beaucoup à faire. »

Eddie Hatitye, directeur de Music in Africa
Johannesbourg, avril 2020
Au sein de Music In Africa, notre objectif est de soutenir la musique africaine et ses différents acteurs, d’encourager les collaborations, les échanges et la professionnalisation afin de développer un écosystème durable. Nous sommes actifs aussi bien online que offline. Sur notre portail musicinafrica.net, nous mettons à disposition de multiples informations et possibilités de mises en relation. Offline nous développons plusieurs activités dont le soutien au déplacement (une question particulièrement aiguë sur le continent), des ateliers, des conférences, des formations complètes ainsi que des actions pour défendre les droits et les revenus des musiciens. Nous organisons également la conférence annuelle Acces, l’un des principaux rendez-vous professionnels du continent. Après avoir réalisé Acces à Dakar, Nairobi, Accra, l’événement est prévu cette année à Dar Salam en Tanzanie, du 26 au 28 novembre. A travers ces diverses activités online et offline, nous sommes en train de constituer un réseau solide et durable tant du point de vue culturel qu’économique dans un esprit collaboratif et panafricain. La musique africaine est désormais beaucoup plus présente sur la scène musicale mondiale. Rien qu’au cours des cinq dernières années, l’évolution a été phénoménale. Il suffit de constater les succès mondiaux qu’ont remporté des jeunes talents comme Burna Boy, Wizkid, Yemi Alade, Davido au Nigéria. En Afrique du Sud, au Kenya, au Maroc ou au Sénégal, la scène bouillonne également. Cette explosion prend racine dans le travail qu’ont effectué les pionniers Hugh Masekela, Fela Kuti et tous les autres. Mais Internet et les autres changements apparu au tournant du millénaire ont permis aux stars actuelles d’obtenir un succès mondial beaucoup plus rapidement. De plus en plus de festivals, de marchés musicaux apparaissent, ce qui est aussi très encourageant; tout comme le développement de la distribution musicale et du streaming sur le continent. Malgré ces nombreux aspects positifs, il y a encore énormément de défis à relever. Le pourcentage de musiciens qui arrivent à faire leur chemin est extrêmement faible par rapport à ceux qui n’y arrivent pas. Trop de musiciens meurent dans la précarité ou ne peuvent consacrer que trop peu de temps à leur art. Le raisonnement est très simple, pour que ce secteur soit rentable, il faut que les artistes puissent gagner de l’argent et s’appuyer sur des structures. Il apparaît pourtant d’emblée que la première source de revenu du musicien, les royalties, sont tout simplement inexistantes. La plupart des pays d’Afrique ne versent aucune royalties. C’est un point fondamental. De façon plus générale, la musique doit être prise plus au sérieux par nos gouvernements. Nous avons besoin de plus de salles de concert, de plus de soutien à la mobilité pour les artistes, que cela soit au niveau municipal, régional, national ou continental.

Eddie Hatitye
Eddie Hatitye

Il y a également un grand besoin de formation pour que les musiciens sachent comment rechercher des fonds, comment utiliser les différentes plateformes, comment mieux se présenter, comment se professionnaliser. Certains artistes ont des opportunités, mais ne sont pas prêts et ne parviennent pas à développer à partir de là quelque chose d’économiquement viable. Et c’est cela qu’il faut améliorer.

 

Still A-live! Pendant cette période de confinement inédite, l’équipe de Show-me est partie à la rencontre de musiciens et acteurs culturels pour les interroger et prendre le pouls de leur réflexion. Quel est ou que devrait être le statut de l’artiste? Quelles

1 réflexion sur “Eddie Hatitye: « La musique africaine est désormais beaucoup plus présente sur la scène musicale mondiale, mais il reste beaucoup à faire. »”

  1. Très belle initiative, il faut signaler que l’accès à l’ internet n’étant pas donné à tout le monde, il est difficile de vulgariser ce genre de message. Effectivement les artistes africains doivent se professionnaliser afin de mieux défendre leurs droits et esperer recevoir tant soit peu le fruit de leurs œuvres. La léthargie  » légendaire » et la négligence des gouvernants africains dans le domaine de la culture entre autres est un vrai frein pour l »essor de la musique africaine. Comme vient de le dire Monsieur Eddie, il reste encore à faire et l’espoir est permis.

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