Jean-Paul Roland : « Les grands festivals se retrouvent face à une bulle spéculative: la valeur intrinsèque de la tête d’affiche ne cesse d’augmenter sans nécessairement de plus-value en retombées financières.»

Jean-Paul Roland est le directeur des Eurockéennes de Belfort depuis 19 ans.
Belfort, Juin 2020
« Les Eurockéennes de Belfort sont un festival généraliste qui attire un large public grâce à des têtes d’affiche variées, de Booba à The Cure. Depuis quelques années, nous assistons à une mondialisation du secteur festival et de la musique populaire. Les jeunes de Ouagadougou peuvent aimer les mêmes musiques que ceux de Clermont-Ferrand. Ce public est très volatile. Il aime quelque chose en 2019 puis ne l’aime plus en 2020. La carrière des nouvelles stars qu’ils écoutent est donc très courte, c’est pourquoi elles essaient maximiser leurs revenus. Le système est complètement régi par la loi de l’offre et de la demande. Leurs manageurs sont souvent des avocats d’affaire qui font monter les enchères, les honoraires pouvant aller jusqu’à plusieurs millions d’Euros. Les valeurs sont indécentes et se négocient au nombre de streams ou de vidéos vues. Il y a inflation aussi dans les productions techniques. Le live étant devenu prépondérant, il y a des plus en plus de gens sur la route qui accompagnent ces nouvelles stars. Les grands festivals se retrouvent donc face à quelque chose qui grossit artificiellement, autrement dit une bulle spéculative: la valeur intrinsèque de la tête d’affiche ne cesse d’augmenter sans nécessairement de plus-value en retombées financières.

Jean-Paul Rolland

Comme dans beaucoup d’autres domaines, la crise Covid-19 a mis en lumière ce problème de façon très crue. Il est clair qu’en 2021, la plupart des festivals auront des moyens financiers forcément dégradés. Même si nous sommes considérés comme de grands événements historiques, notre économie est fragile. Nous ne sommes propriétaires de rien (même pas des captations vidéos des concerts) et nous ne sommes à l’équilibre que lorsque nous atteignons un taux de remplissage de 80%. C’est pourquoi, nous nous avons décidé de nous associer à d’autres festivals, comme les Vieilles Charrues, pour renégocier les cachets. Nous proposons aux artistes déjà programmés en 2020 de prolonger le contrat en 2021, mais avec une baisse pour tous ceux dont les honoraires dépassent 30’000€. Un gentlemen agreement en somme afin que les plus gros aident les plus petits. Nous devons faire éclater cette bulle d’une façon ou d’une autre.

Parallèlement, nous continuons de programmer des artistes moins connus, des nouveaux sons. Chez nous, un artiste moins connu ne se produit d’ailleurs pas forcément sur une petite scène. Je me souviens très bien d’un concert de l’artiste ghanéen King Ayisoba il y a quelques années présenté devant 15000 personnes. Nous organisons également des TGV avec des concerts live au départ de Paris et en direction de Belfort. Par ailleurs, nous effectuons toute l’année un travail de repérages. Nous participons par exemple à l’opération franco-suisse Iceberg pour favoriser l’émergence de nouveaux talents et nous proposons sur notre site une série de concerts acoustiques également diffusés par nos partenaires. »

Still A-live! Pendant cette période de confinement inédite, l’équipe de Show-me est partie à la rencontre de musiciens et acteurs culturels pour les interroger et prendre le pouls de leur réflexion. Quel est ou que devrait être le statut de l’artiste? Quelles rémunérations possibles? Quelle évolution au sortir de la crise?

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