Laurence Desarzens: « Nous pourrions profiter de ces moments de distance sociale pour repenser ou inventer d’autres expériences en ligne »

Still A-live! Pendant cette période de confinement inédite, l’équipe de Show-me est partie à la rencontre de musiciens et acteurs culturels pour les interroger et prendre le pouls de leur réflexion. Quel est ou que devrait être le statut de l’artiste? Quelles rémunérations possibles? Quelle évolution au sortir de la crise?

 

 

Laurence Desarzens, Beam Network – Culture Manager

« La numérisation de la musique a entraîné la dévalorisation de sa valeur marchande. Le
streaming a ses avantages, mais il ne procure quasiment aucun revenu pour la grande
majorité des artistes. Qu’est-on prêt à payer pour quelque chose d’intangible? Qu’est-on
prêt à payer pour ressentir une émotion, du plaisir, partager une expérience? Si je paie un
ticket pour aller voir un concert en salle, il n’en va pas de même online. C’est ce que l’on
constate en cette période de confinement où la plupart des artistes proposent des concerts
gratuitement ou pour des montants dérisoires. Sans même évoquer la qualité du son etc…

Osons regarder ailleurs. Même si ils peuvent déranger, pourquoi ne pas s’inspirer des
modèles économiques qui marchent online avec un autre type de produits intangibles. Par
exemple le monde du sexe où l’on paie pour obtenir pour un temps donné, le plaisir, une
expérience. Pourquoi donc ne pas envisager une prestation online qui soit rémunérée en
fonction du temps que l’artiste met à notre disposition ?

La «valeur ajoutée» online

D’autre part il faut s’interroger: Qu’est-il possible de partager en ligne mais pas en live?
Quelles sont les attentes de l’artiste et de l’auditeur/spectateur? L’échange proche et
personnel avec un artiste est possible en ligne, c’est sans doute une piste.
L’écran ajoutant un élément de distance entre l’artiste et le musicien, cette perte de
contact pourrait être compensée par une «valeur ajoutée»: discussion avant et après le
concert, explication sur le processus de création ou un échange «personnel» qui serait
rémunéré à sa juste valeur …

Le musicien pourrait ainsi proposer une courte prestation de 3 à 5 morceaux live précédée
et suivie d’un temps de discussion pour un montant de 25€ par personne (pour un minimum
de 4 spectateurs) ou de 100€ ou pour un seul spectateur/interlocuteur. A réfléchir. Juste
une idée.

L’exemple du hip hop

Les outils digitaux et les plateformes pour ces échanges existent. De nombreux artistes du
hip hop, très connus ou indépendants, ont compris depuis longtemps qu’il était important
de diversifier leurs revenus. Ils ont pensé hors de la boîte, hors des chemins battus, n’étant
pas reconnus par l’industrie ou les médias conventionnels, et souvent exclus des
subventions. Voire à ce sujet baduworldmarket ou le site trapital (sur la stratégie du business hip hop). Les artistes de hip hop ont réinventé l’échange d’expérience avec leurs fans et leurs possibles contributions.

Je doute que nous retrouvions rapidement la proximité d’une salle ou d’un festival. C’est un
excellent moment pour repenser ce partage d’expérience unique entre musicien et
amateurs, et préparer la suite. »

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