Marc Perrenoud : « A vouloir résister a tout prix on s’épuisera »

Still A-live! Pendant cette période de confinement inédite, l’équipe de Show-me est partie à la rencontre de musiciens et acteurs culturels pour les interroger et prendre le pouls de leur réflexion. Quel est ou que devrait être le statut de l’artiste? Quelles rémunérations possibles? Quelle évolution au sortir de la crise?

Le pianiste genevois, Marc Perrenoud est le premier à s’être essayé à l’exercice.

« Il est toujours très difficile de donner des «conseils». D’autant plus que personne ne sait vraiment où l’on va et quelle sera la situation à moyen et à long terme. Mais, si je m’imagine un futur, il ne sera probablement pas hyper rose pour les milieux artistiques et en particulier la musique. Et c’est là que le débat commence réellement. Car, la logique voudrait que le musicien s’adapte à cette nouvelle donne et puisse continuer à exister malgré les restrictions en vigueur. Or, il ne peut plus exister. Je m’explique: Le musicien (on dira indépendant, créateur, producteur) n’a fait que ça depuis plus de 30 ans. S’adapter. Chaque coup de massue dans la fragile mosaïque qui le maintient (concerts, droits d’auteurs, vente de disques etc..) doit être perçu comme «une opportunité». Il faut «savoir saisir les occasions» etc.. Le musicien est devenu un super-entrepreneur. Il sait, plus ou moins tout faire, et, même ce qui à long terme le desservira.

Comme exemple je prendrais le crowdfunding ignoble jeux du cirque qui finira par lasser père et mère.. De remplir le vide, rapidement et instantanément, c’est ce qu’on voit aujourd’hui à travers la crise du covid-19. Et nous musiciens, qui déplorons souvent un matériel défaillant, des ingénieurs du son amateurs, une écoute dispersée, avons réussi à réunir toutes ces tares dans ces innombrables «live» qui, effectivement, cumulent manque de public, mauvais cadrage et son de piètre qualité. Le tout, gratuitement bien sûr! Il n’y a pas mieux pour se tirer une balle dans le pied.

Marc Perrenoud, pianiste de jazz

A mon humble avis, il faut accepter la défaite. Une défaite. Ça ne veut pas dire que tout s’arrête. Mais à vouloir résister à tout prix on s’épuisera. Le live c’est dans des salles de concerts. Sur les ondes, il faut passer nos disques car on y a injecté toutes nos tripes dans ces enregistrements et nos tunes. Quant à la video, home made  depuis le salon ou la cuisine, c’est de la « comm », rien d’autre. Donc laissons lui ce rôle-là à la petite vidéo iPhone, rien d’autre. Donc pour le moment, j’ai envie de dire, arrêtons de nous adapter et disparaissons! La meilleure défense n’est pas toujours l’attaque. Il faut un repli stratégique. Garder ses forces, sa créativité pour pouvoir s’élancer à nouveau, après la vague! »

Le dernier album de Marc Perrenoud avec son trio s’intitule « Morphée ». Il est paru le 27 mars 2020.

4 réflexions sur “Marc Perrenoud : « A vouloir résister a tout prix on s’épuisera »”

  1. CHer Marc (dont j’aime la musique par-dessus tout),
    J’ai un avis opposé au tien. Il se se base sur mon expérience passée et aussi sur celle actuelle du confinement.
    De mon point de vue, une fois ce dernier derrière nous, il y aura un rush sur les concerts live car nous, amateurs de musique, sommes en manque et le seront de plus en plus, nous n’avons plus notre dose de concerts. Je ne peux dire qu’une chose: lorsque les concerts reprendront, ce sera la ruée. Alors un conseil: d’ici là, amis musiciens, résistez tant que vous pouvez. ne perdez pas courage. Mais au contraire profitez de cette période d’inactivité pour préparer la reprise. Bien-sûr que d’ici là il faut vivre et, matériellement, ce ne dois pas être facile pour les indépendants et autres intermittents du spectacle. Bien heureusement l’Etat, je parle de la SUisse, a pris des mesures de compensation pour les indépendants ce qui leur permet de surmonter cette crise. Les artistes ne doivent pas devenir des entrepreneurs mais se préoccuper de leurs conditions matérielles, ET actuellement cela veut dire trois choses: 1. se laisser aider par l’Etat (ou autre organisation) ce qui veut dire qu’il vous faut vous renseigner et surtout ne pas hésiter à demander car une chose est sûre: si on demande de l’aide, tout ce qu’on risque c’est d’en obtenir. SI on ne fait rien, on n’obtient rien, ça c’est sûr! 2. Il faut Tenir le coup par tous les moyens afin de passer ce cas difficile. 3. Profitez de cette pause pour créer ou pour explorer d’autres horizons. Pour ma part, c’est lorsque mon coeur a des misères que je suis le plus créatif et que je sors ma guitare pour l’exprimer, C’est probablement aussi vrai pour vous. Alors profitez-en, ne vous laissez pas abattre. SI je devais retenir une seule des lois que l’expérience d’une vie m’a enseignée c’est celle-ci: On peut avoir tous les problèmes du monde, on peut se croire au fond du trou, mais les choses finissent toujours par s’arranger. D’une manière ou d’une autre. EN conséquence, ne vous morfondez pas sur l’îndigence de la situation actuelle, mais au contraire profitez-en. Profitez-en pour préparer le retour des beaux jours car il aura lieu. C’est comme la bourse, que j’observe avec curiosité depuis très longtemps. Elle connaît quelquefois des krach et on a l’impression que le monde s’écroule. SI on vend ses actions qui ne valent presque plus rien, alors oui, leurs valeurs sont définitivement perdues. Mais si on garde confiance le cours de la bourse finit par remonter. ET cette règle est valable dans 100% des cas!… LE bourse c’est comme la vie, elle est cyclique et les hauts finissent par revenir après les bas. C’est une certitude absolue…
    Amis artistes, nous avons besoin de vous. Après la fin de la pandémie, Il y aura à coup sûr quelque chose à modifier du système sociétal qui sous-tend notre prospérité, entre autres la manière dont les gains sont répartis. Je parle du capitalisme bien-sûr. Il n’est pas tenable, à long terme, que certains aient tout et ceux qui créent n’aient presque plus rien. Nous somme s arrivés à une moment du monde où il faut impérativement passer à un autre mode de travail et de consommation car si nous ne y changeons rien, nous irons dans le mur, c’est une certitude absolue. Aucun système ne peut croître indéfiniment dans un monde limité en dimension. Il faudra donc changer quelque chose à notre l’organisation du monde afin de l’améliorer. Il faudra s’en souvenir au sortir de la pandémie !

    1. Cher Michel,
      Merci pour ton message. Il est avant tout bienveillant ce qui est probablement une de tes nombreuses qualités. Mais je ne suis pas sur que tu aies bien compris mon propos (ou alors je me suis mal exprimé ce qui est tout a fait possible). Il n’y a rien de victimaire dans ce texte. Il n’est pas question de baisser les bras ou de se résigner quant a l’avenir. Il s’agit, a mon avis, de commencer par observer. Et, ce que je vois, c’est que beaucoup de musiciens se débattent avec encore et toujours les mêmes outils, des outils qui n’ont pas vraiment su convaincre. Tu sais je connais assez bien la bourse (d’ailleurs j’ai acheté du Addecco et du DKSH et BNP au plus bas et j’attends que ça remonte) mais dans ce cas précis je préfère utiliser l’analogie du Surfeur qui dit que, quand tu es pris dans la vague, ne bouge plus. Se débattre peut être fatal. Et je pense que nous sommes en plein dans la vague. Et Non, le confinement n’est pas une résidence de création, non ça n’est pas inspirant. La Mort et le statut quo entraîne une forme de dépression qui ne stimule que très peu les hommes. J’ai pu m’en rendre compte en Syrie, toutes proportions gardées. Oui les musiciens sont des entrepreneurs, des multi-entrepreneurs même, mais peut être qu’il est temps de changer de stratégie, de voir qui et comment on nous suit car le fond du problème est bien là. J’ai des amis chers, musiciens, qui actuellement touchent 8CHF/jour d’indemnités. Cela reflète une réalité qui ne date pas de hier. Je ne suis pas dans ce cas et malgré la sortie de mon disque qui tombe au plus mal (27 mars) et déjà 40 dates annulées je vais m’en sortir. Mais… en disparaissant je prépare la suite et justement, j’abandonne mes habits de fou du roi pour imaginer d’autres futurs (pas ceux de la bourses hein .. j’ai pas les moyens, pour le moment!).A très vite cher Michel!
      Amitiés,
      MArc

  2. Cher Monsieur Perrenoud,
    il n’y a que mes oreilles qui vous connaissent et elles ont beaucoup apprécié. J’apprécie beaucoup votre message. Mais pour moi, il n’y aura pas de défaite, qu’on « résiste » avec des productions de « cuisine » extrêmement frustrantes pour tout le monde ou que vous artistes gardiez vos forces pour le futur. Il n’y a pas de défaites. Il y aura les même IMMENSES difficultés que dans presque toute la société, parfois insurmontables et toujours intolérables, j’en suis conscient. Mais comme après la 1ère guerre mondiale suivie de ce cataclysme de plus de 100 millions de morts de la grippe espagnole, comme après la deuxième guerre mondiale, les ARTISTES se sont relevés pour beaucoup et ont donné au monde ce dont il a impérativement besoin, l’art. J’entendais à la télévision un philosophe qui disait que s’il n’y avait plus de soignants sur terre, L’HUMANITE subsisterait EPOUVANTABLEMENT, mais elle survivrait, s’il n’y avait plus un paysan sur terre, là, elle ne survivrait pas !! Et bien, je pense tout à fait sincèrement, que si vous les artistes et pour moi, particulièrement les musiciens, vous n’étiez plus là, l’humanité ne s’en remettrait pas non plus et on pourrait se crever les tympans… Un simple amateur de musique.

  3. Mille excuses pour la qualité du texte. sur mon écrant tout s’écrit en majuscules … et le résultat est que celles-ci ne sont pas au bon endroit, dont le nom…

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