Thomas Burkhalter : «Nous avons besoin de nouvelles voix, de nouvelles perspectives et de nouvelles réflexions, en particulier d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine ou d’ailleurs.»

Thomas Burkhalter
Ethnomusicologiste, journaliste musical, artiste audio-visuel et réalisateur de films établi à
Berne, Thomas Burkhalter est l’instigateur et le directeur de la plateforme musicale norient.com. Il est également l’auteur d’une thèse sur la musique underground à Beyrouth et co-réalisateur du film « Contradict » sur les musiques alternatives au Ghana.

Berne, juillet 2020
« La musique et la réflexion musicale sont mes deux grandes passions. J’ai commencé à faire du journalisme musical en free lance dès 1997. A l’époque c’était relativement rentable, cela me permettait en tous cas de financer mes reportages. Ce fut une période incroyable: je suis parti à Londres, au Caire, à Beyrouth, à Belgrade, à Johannesbourg. Aujourd’hui ce serait beaucoup plus difficile, la rémunération ne cesse de baisser. Mais je pense que c’est toujours possible de faire des articles ou des podcasts intéressants, de se rapprocher des phénomènes qui se passent dans le monde et de s’en faire l’écho. Il y aura toujours de la place pour des gens qui sont passionnés par leur sujet, qui aiment jouer avec les mots. L’essentiel est d’avoir une approche humble, de ne pas considérer que, parce on a été deux fois dans un endroit, on devient un spécialiste de la question. Il est important aussi de multiplier les points de vue. Nous devons être smart et trouver des solutions pour continuer d’avancer. Ce sont vraiment les seuls conseils que je puisse donner.

Thomas burkhalter

J’ai créé la plateforme norient.com en 2002. Cette plateforme est relancée aujourd’hui grâce à une campagne de crowdfunding. L’idée de norient.com est de créer un espace pour les journalistes, chercheurs et artistes du monde entier, que ce soient des personnalités reconnues ou non; et de raconter des histoires importantes sur notre monde actuel avec pour focus la musique, les sons et les bruits. C’est pourquoi nous avons choisi le nom norient sound. Cela fait référence au phénomène acoustique qui devient sismographique en peu de temps, à l’image de tout ce qui se passe dans notre monde actuel. Chez norient, nous cherchons à cumuler les auteurs, les points de vue, les perspectives ainsi que les formats : articles, photos, podcasts, vidéos tout comme les expérimentations artistiques. Nous voulons créer un contenu pertinent ainsi qu’une communauté de penseurs et d’artistes. Nous mettons aussi en avant les parutions de publications, que cela soit une thèse universitaire ou un livre sur le hip hop au Sénégal. Je pense vraiment que la recherche doit être publique ou rendue publique. Le journalisme de qualité est crucial aussi. Nous avons besoin de nouvelles voix, de nouvelles perspectives et positions, de Suisse bien sûr puisque c’est là que nous sommes basés, mais aussi et surtout d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’ailleurs.

Le questionnement qui me vient à l’esprit à brûle-pourpoint est le suivant. De nos jours, le journalisme musical a mauvaise réputation. Il est considéré comme superficiel et comme représentatif du point de vue des mâles blancs européens ou américains. Et cette mauvaise réputation transparaît aussi dans les cercles musicaux et dans l’industrie musicale. J’ai entendu dire que les artistes ou leur management préfèrent souvent publier leur propre texte de promo et contrôler complètement l’image de l’artiste. Alors que je considère qu’un bon contenu journalistique et réflexif est primordial pour continuer de faire avancer les choses. Je crois aussi que le journalisme musical doit se réinventer. Je réfléchis par exemple à une série de podcasts aux confluents de l’interview et de la composition. Autrement dit, transformer le journalisme en une forme musicale. C’est un chemin délicat, qui pose
beaucoup de questions. Mais je crois que pour qu’un contenu soit entendu de nos jours, il faut qu’il soit profond, qu’il ait du sens et qu’il soit fort et transmis dans un format excitant.»

Still A-live! Pendant cette période de confinement inédite, l’équipe de Show-me est partie à la rencontre de musiciens et acteurs culturels pour les interroger et prendre le pouls de leur réflexion. Quel est ou que devrait être le statut de l’artiste? Quelles rémunérations possibles? Quelle évolution au sortir de la crise?

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